dimanche 20 avril 2008

BIENVENUE CHEZ LES CH' TIS (3)


Arrivée dans l’ch nord

Le matin de ma première journée de travail
Lundi 20 août 1984

Je laissais ma famille un peu désorientée continuer à s’installer dans la maison que nous avions acquise à Lambersart. Pendant ce temps les français suivaient l’actualité estivale relative aux amours d’Anthony Delon avec la princesse Stéphanie sur la croisette de Monaco.

Pour ma part, je me dirigeais le cœur pincé vers l’usine en direction de La Madeleine distante d’à peine 5km du domicile. Je crois que la température était fort clémente et le ciel ne ressemblait pas tout à fait à celui de Monaco car le soleil s’était couvert pudiquement d’un léger voile.
Arrivé devant l’usine, j’attendis que le garde ouvre la barrière. Après m’être présenté, il me demanda de me diriger 100m à droite pour garer ma voiture au garage réservé à la direction. Le pincement au cœur était toujours présent. Rien n’échappait à mon regard, pas le moindre détail. Quand je suis repassé devant le poste de garde, le même gardien me héla en écorchant mon nom et me demanda de lui laisser les clés de la voiture tout en ajoutant que chaque vendredi, la voiture sera lavée. Je senti aussitôt les prémisses d’habitudes dignes de l’époque de la grande industrie et le sacro saint principe des avantages acquis. Pour les clés, j’ai supposé que le dépôt de celles-ci avait un lien avec la sécurité.

Je connaissais le chemin pour me rendre à mon bureau et à peine franchi le seuil de la porte des « grands bureaux », un monsieur à blouse grise m’accosta et se présenta : « Bonjour, je suis Monsieur G » tout en me précisant qu’il était le mari de la dame qui se trouvait au standard et qu’il était en charge de la caisse, et donc dépendait de la comptabilité. Du doigt il me montra un cagibi coincé derrière la monté de l’escalier. Il tenait absolument à me préciser que pour cette fonction, il avait été choisi car la fonction exigeait la plus grande confiance. C’est pourquoi, il avait succédé à son père qui avait été caissier, ce dernier ayant lui-même succédé au grand père, nommé à l’époque premier caissier de l’usine. J’en déduisis très vite qu’une certaine forme de persévérance et d’immobilisme devait caractériser le site dans lequel j’allais devoir m’intégrer. En moi-même, je me suis dis intérieurement que pour le futur plan de mobilité interne, MG allait être le premier qui changerait de poste. Après toutes ces précisions, il rajouta que je ne devais pas hésiter à faire appel à lui s’il me fallait de la menue monnaie ou une avance pécuniaire. En moins d’une demi-heure s’exprimait à nouveau les privilèges des grandes heures des princes de l’industrie locale.

Passé le sas odorant du demi palier et arrivé à l’étage, mon premier salut s’adressa alors à la secrétaire qui me souhaita avec conviction la bienvenue et m’introduisit dans mon futur bureau. Ce fut un choc visuel. Je découvrais ce qui pouvait existé de plus ringard en matière d’aménagement de bureau. Les murs étaient d’un jaune foncé sur deux desquels s’alignaient des meubles à rideaux en bois brun vernissé. Je croyais revoir l’ancien bureau de mon adjudant chef à l’époque de mon service militaire. A la différence près, que tous les rideaux en bois étaient baissés pour bien laisser apparaître qu’aucun rayonnage ne contenait le moindre dossier. Le bureau était vide de toute paperasse comme si un ouragan avait tout balayé. On me précisa que mon prédécesseur estimait qu’il serait mieux séant que j’effectue mon démarrage dans des conditions lavées de tout passé et sur des bases excluant tout préjugé. A l’arrière du bureau, une double porte communiquait avec celle du directeur . Après l’avoir salué, il me lança à son tour tous les signes d’encouragement possibles et décida de m’accompagner pour me présenter les locataires de l’étage. D’abord le directeur des fabrications qui dès la porte entrouverte et à la vue de notre arrivée, paru un peu surpris. D’un geste vif il replia précipitamment « La voie du Nord ». Quelques échanges forts courtois avec les encouragements de rigueur me laissèrent entrevoir un voisinage des plus discrets. Puis nous arrivions MR et moi-même, dans le bureau du « chef du personnel ». Un homme très grand, fort élancé se dressa devant nous et d’une voie puissante se confondit en une avalanche de paroles sans intérêt pour sans doute me faire croire qu’il était l’un des piliers incontournables de l’usine. Au vu des piles de listings informatiques, de l’imposante machine à calculer et du gobelet remplis de crayons impeccablement taillés, je me rendis compte que j’allais devoir fortement composer avec le personnage. En effet nous allions devoir confronter un écart générationnel de vingt ans. Pour l’heure l’échange fut bref et je lui donnai rendez vous pour un entretien plus conséquent dans le cours de la journée. La visite de courtoisie se termina par l’ingénieur en chef situé au bout du palier et dont le bureau respirait la rigueur et l’ordonnancement d’un bureau de colonel en retraite. Après les salutations de pure forme, le téléphone se mit à sonner ce qui lui permit de se libérer de notre présence. Alors que MR rejoignait son bureau, je m’installais derrière le mien qui de par sa surface était immense et prenait tout l’espace de la pièce. Enfin assis, je mesurais le chemin de la difficile intégration qui s’ouvrait devant moi. Puis mon regard se dirigea vers la fenêtre dont la lumière était en partie barrée par la présence d’un immense réservoir de stockage sur lequel on lisait l’inscription « AN d45 », ce qui signifiait « acide nitrique dilué à 45%». Me voilà fixé sur mon sort.

A peine 10’ écoulées, le directeur m’appelait pour participer à ma première réunion courrier. Imaginez trois membres de la direction observant le Directeur chargé d’ouvrir avec un coupe papier (type dague argentée de Tolède) les enveloppes une à une, puis les lire une à une et faire à chaque fois un commentaire en remettant la lettre ou le document à la personne concernée. Cela s’appelait une séance de travail pour mise en commun, de telle façon que chacun des participants puisse prétendre avoir le même niveau d’information.

Après cette séance introductive, je suis retourné chez mon futur adjoint pour qu’il me présente son service. C’est au rythme du pas de charge que j’ai appris à dévisager la quinzaine d’employées des bureaux du personnel, de la paie, du courrier et des services généraux qui étaient installés au rez de chaussé. J’ai senti chez certains un regard d’étonnement voir de curiosité. L’attitude générale semblait se complaire dans une forme de condescendance, à savoir celle du respect de la part du subalterne vers son supérieur. Finalement je me suis rendu à ‘évidence qu’il s’agissait surtout d’un comportement de soumission.

Je terminai la matinée par la rencontre de la responsable de formation qui allait également dépendre de moi. Femme alerte tant dans ses gestes que dans ses paroles, elle m’a vite convaincue que j’avais à faire à une personne de tempérament qui était venue dans le nord par obligation pour suivre son mari muté de Carmaux à l’usine chimique de Seclin. Elle semblait exprimer un certain enthousiasme par rapport à mon arrivée, ce qui ne manqua pas de me donner un peu d’espoir eu égard aux précédentes rencontres.
Son bureau était situé dans de vieux bâtiments adossés à un immense hangar. Juste derrière, d’énormes grues intervenaient en cadence avec les bulldozers pour démolir la « Cathédrale » (comme les gens du coin l’appelaient). Cet énorme bâtiment vouté, en bêton armé, représentait l’activité des engrais azotés arrêtée depuis plus d’un an.
Midi approchait. Je regagnais le garage quand stupéfait, j’ai constaté l’absence de mon véhicule. Je me précipitai au poste de garde et aperçu ma voiture garée derrière les trois autres voitures de direction sous les fenêtres des grands bureaux. Cette mise en scène n’était pas de mon goût et je me suis promis d’intervenir dans quelques jours pour mettre un terme à ce cérémonial inutile.

Nous terminerons ce récit la semaine prochaine par la description de la visite du site l’après midi du premier jour.

1 commentaires:

Sylvia a dit…

Sais-tu que ton récit a contribué à nous donner envie de voir le film ?
Je lis ta saga avec d'autant plus de plaisir maintenant !
Merci pour ce RDV dominical. A dimanche prochain ! Sylvia