On dit qu’à Pâques, les cloches sonnent à toute volée car, venant de Rome, elles annoncent la fête pascale.
Cette histoire de cloches m’a inspiré une autre histoire. C’est celle d’un type un peu cloche qui était sensible à tout ce qui cloche et à tout ce qui est en cloche. En somme, il n’entendait en permanence qu’un seul son de cloche. Ce qui confirme le dicton : « qui n’entend qu’un son, n’entend qu’une cloche ». Merle était son nom, Cloche son prénom. Il habitait juste à côté du clocher de l’église du village. Il pouvait ainsi entendre sonner la cloche tous les quart d’heure. Et les dimanches ou lors d’évènements religieux, il exultait lorsque les cloches s’en donnaient de plus belles.
Le son des cloches lui faisait tourner la tête. Cela lui donnait des ailes et de voir trente six mille chandelles.
Par contre lorsqu’un problème se posait à lui, Cloche se mettait bizarrement à élaborer des courbes en cloche. Pour tout dire, la cloche était sa compagnie. Il mangeait des plats qu’il gardait au chaud sous cloche, protégeait du froid ses plants de légume en les mettant sous cloche. Comble du raffinement, Il veillait que les produits forts odorants comme les fromages ou les fumés… soient toujours sous cloche. Mais un jour, après s’être tapé la cloche, et alors que le son des douze coups de minuit raisonnaient encore à ses oreilles, ne voilà-t-il pas que son cœur avait, comme on dit au pays, des petits coups de cloche comme pour lui signifier une alerte passagère. Il est vrai c’était un bon vivant. En somme, cela clochait bien pour lui.
Cloche Merle vivait au rythme des cloches et au son des carillons. Ses promenades dans la campagne étaient des moments de bonheur. Il tombait d’admiration devant toutes les fleurs à cloches et particulièrement les petites clochettes blanches que la nature déversait à chaque printemps. Ainsi de cloche en cloche, notre brave homme, un jour, prit malencontreusement un gros coup de cloche après s’être cogné au chambranle d’une armoire au chapeau en forme de cloche. Il n’hésita pas alors de faire sonner la grosse cloche, en appelant le docteur. Ce dernier a failli le mettre sous cloche dans l’hôpital du gros bourg voisin. Il n’en fut rien.
Car notre espèce de cloche pris la cloche de bois. Il quitta sa maison de Clocheville et parti sur les routes de clochers en clochers comme un vagabond. On le retrouva quelques années plus tard clochard et membre de la cloche. Il se déplaçait péniblement, souvent à cloche-pied rêvant aux temps des cloches qui raisonnaient au dessus de sa tête de cloche.
Et un jour, le sort lui fut fatal. C’était le jour de Pâques, il mourut dans la solitude alors que l’on fêtait la résurrection. Les cloches sonnèrent le tocsin en écho aux carillons des cloches pascales.
La morale de cette histoire, c’est que « l’on ne peut pas sonner les cloches et aller à la procession. »
.jpg)
.jpg)
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire