dimanche 16 mars 2008

LE CONFESSIONNAL (*)

(*) C'est un meuble en forme d'isoloir destiné à confesse et non pour voter !

Voilà que les médias de ces derniers jours se gargarisent de l’apparition de quatre nouveaux péchés que viennent de décréter les instances apostoliques du Vatican. Cela nous met le nombre des péchés capitaux à onze au lieu de sept. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat, quoique c’est peut être aussi péché. Le fait de vouloir ironiser sur cet évènement me vaudra peut être les foudres du ciel.
Autrefois notre éducation religieuse nous rappelait que s’il y avait péché, il fallait se confesser pour se faire pardonner. Voilà un rite que plusieurs générations ont du subir dans une totale hypocrisie à l’exception peut être des vrais pratiquants qui disaient respecter cette institution sacramentelle.


Qu’il est loin le temps où chaque enfant sous la pression de son entourage allait se rendre en fin de semaine à l’église du village pour se confesser. Il nous reste ces images incroyables, où reclus dans un coin de notre chambre, nous griffonnions sur un bout de papier la liste des péchés que nous aurions commis depuis notre dernière confession. Il fallait redoubler d’imagination et inventer les déviances que nous étions supposés avoir réalisé parmi les sept péchés capitaux instaurés par l’église catholique. Pensez donc, doux Jésus, comme nous avions du mal à comprendre ce que couvraient les termes de luxure et d’avarice ; par ailleurs, les péchés d’orgueil et de colère nous semblaient relever du monde des adultes compte tenu de leurs comportements quotidiens. Alors, il ne nous restait plus qu’à choisir entre les trois derniers péchés, celui de gourmandise, d’envie et de paresse. Mais quel casse tête pour élaborer une litanie digne d’être entendue par le confesseur. Même si nous n’étions pas toujours de vrais enfants de chœur, nous avions du mal à distinguer la gourmandise de l’envie. C’est comme se réveiller avec difficulté le matin, était-ce péché de paresse ? Après les sept plaies d’Egypte, nous étions sous l’emprise des sept péchés capitaux.


On en perdait son latin d’église. Inquiet des possibles réactions de l’homme à la soutane noire, c’est le cœur serré que nous prenions place selon l’ordre d’arrivée dans l’une des deux parties latérales du confessionnal après avoir tiré le rideau du confessionnal derrière soi. . La trémie en bois était fermée. Aussi, c’était avec la plus grande écoute et dans la plus parfaite pénombre que nous cherchions à percevoir les paroles susurrées par le visiteur voisin dans l’espoir de glaner quelques suggestions tout en sachant que la curiosité est un très vilain défaut. Qui ne se souvient pas de s’être précipité dès qu’une des deux places latérales du confessionnal se libérait car on avait repéré une personne connue à la voie peu discrète et qui avait pris place de l’autre côté ?
Puis la grille du confessionnal s’ouvrait brusquement, laissant échapper un faible halo de lumière permettant sans doute au confesseur de reconnaître à ses côté le pauvre pêcheur totalement prostré. Après quelques minutes d’un pesant silence l’abbé lançait sa phrase rituelle : « Allez-y, mon enfant, je vous écoute ». Et c’est la voie chevrotante, que la petite tête blonde, se mettait à lire péniblement sa modeste liste totalement cachée du regard du personnage dont on distinguait l’oreille géante collée à l’orifice. Une fois déclamées toutes ses turpitudes inventées de toutes pièces, il fallait ensuite entendre la sentence qui se résumait toujours à réciter 3 « jevoussalue » et 3 « notpère ». Cela signifiait après vérification chez les copains que l’on était dans la bonne moyenne.
Oui cette cérémonie des figures imposées a passablement marqué les esprits chastes de la jeunesse de l’époque qui avec l’âge a très vite adopté les petites déviances de leurs aînés. Le monde de la jeunesse pouvait trouver son équilibre entre d’un côté, les sympathiques innocents et de l’autre, les garnements réprimandables.
Aujourd’hui, le confessionnal est rangé définitivement au vestiaire des antiquités religieuses. Et pourtant depuis les interdits religieux de l’époque, la société actuelle a réussi le tour de force de transformer les sept péchés capitaux en règles de plaisir de vivre.
D’où peut être cette proposition de la régence de la pénitencerie apostolique de montrer du doigt ce qui aujourd’hui supplanterait les sept bons vieux péchés capitaux. Voilà que l’on nous annonce quatre nouveaux péchés forts capit(e)aux : la condamnation des manipulations génétiques, la condamnation du trafic de drogues, la condamnation de créer des injustices sociales, la condamnation de polluer. Ces péchés là s’avèrent plus collectif qu’individuel. Alors pour ceux qui voudront se faire pardonner, il va falloir aller à confesse en masse, sans doute dans les grandes nefs des églises abandonnées.


Aussi, la question se pose de savoir en quoi les déclarations récentes de l’Eglise favoriseraient le progrès moral de l’humanité en instaurant quatre nouveaux péchés alors que la sphère civile dans la plupart des pays qui cherchent à respecter les droits de l’homme, mettent déjà au ban de la société, il est vrai avec beaucoup de difficulté, les manipulateurs génétiques, les pourvoyeurs de drogues, les responsables des injustices sociales et les pollueurs ? J’ai plus de faciliter à comprendre les religions quand elles prônent l’amour, la justice, l’aide, la solidarité le partage, la liberté etc.… bref lorsqu’elle se consacre et se cantonne dans des démarches positives plutôt que lorsqu’elle se comporte en justiciers, en pourfendeurs de mal, en donneurs de leçon, ou même en inquisiteur.


C’était ma confession du jour.





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