dimanche 10 février 2008

LA JOURNEE NATIONALE DES MANIFESTANTS


Ou le grand carnaval français...


Parce que cela ne faisait pas partie des promesses électorales, Le collectif « LA RUE » a décidé, de faire de la journée du 10 février (coïncidant au début du carême), la journée nationale des manifestants. Deux motifs majeurs ont guidé ce choix. D’abord c’est la période des carnavals et des défilés de rue tout particulièrement dans les pays voisins. Ensuite, en France, le calendrier
annuel des journées pour manifestations dans les
rues est toujours encombré par les grands mouvements nationaux.
Aussi, en ce 10 février 2008 nous venons d’assister à Paris à la plus grande manifestation de manifestants qui n’aient jamais manifesté faute de moyens organisationnels. Pour une fois les longs défilés de fonctionnaires( EDF, Education Nat, GDF,RATP…) de syndicats ouvriers ( CGT, CFDT, FO,CFTC, CGC…) ou de corps de métiers connus( magistrats, infirmières, taxis, routiers, enseignants, intermittents, policiers etc.…. ainsi que les parades gays ou les cortèges étudiants, les rassemblement de « ni putes, ni soumises » et bien d’autres, avaient accepté de céder leur place à tous les nouveaux manifestants qui dans une explosion de revendications ont vu les rues de Paris leur être totalement ouvertes.

Des cars venus de toute la France ont envahi les aires de stationnements aux abords de Paris. Tous les groupes de manifestants venus des quatre coins de la France et de Paris même, ont alors emprunté l’itinéraire très classique emprunté par les habitués de la rue, les grands spécialistes des batteurs de semelles. Le départ a donc eu lieu autour de 9 heure place de la Nation, symbole du rassemblement des mécontents , pour se diriger vers la Place de la Bastille, symbole de la journée des manifestants et aller ensuite place de la République, lieu parfaitement contournable pour se diriger enfin vers la place de la Concorde, point d’arrivée et ultime rassemblement. Pour l’occasion la place a été rebaptisée « Place de la Discorde ».
Curieusement ce sont les conducteurs d’autocars qui ouvraient le grand cortège. Ils ne marchaient pas, car ce n’est pas dans leurs habitudes. Aussi, ont-ils trouvé place sur la plate-forme de trois vieux bus parisiens en scandant « solidarité » et réclamant une prime de risque pour tous transports de manifestants. Suivait tout de suite derrière le groupe des cameramen représentant les différentes chaines de télévisions. Chacun exhibait sous forme de poster la photo de leur portrait. Sur la banderole de tête, il était écrit « Nous exigeons le droit d’être connu comme ceux que nous filmons» « fini d’être caché derrière les caméras ». A signaler que certains de leurs collègues avaient été réquisitionnés pour couvrir l’évènement du jour. On les distinguait facilement car ils portaient un brassard noir. Venait ensuite un groupe important de femmes enceintes, suivies de quelques minis bus (pour la pause obligatoire), et qui exigeaient que l’on ne mentionne pas leur état de santé sur les étiquettes de boissons alcoolisées. Juste derrière un groupe de préposés communaux harnachés de sceaux et brandissant des balais de chiottes et des tuyaux d’arrosage faisaient part de leur mécontentement et réclamaient un équipement gratuit de plongée sous marine et le versement d’une prime de port de masque. A l’arrière d’une voiture transportant un immense fer à repasser, défilaient les blanchisseurs et teinturiers qui contestaient la baisse de leur chiffre d’affaires par suite de l’instauration de la loi anti-tabac. En effet, les clients avaient beaucoup moins besoin de faire nettoyer leur veste et pardessus imprégnés par l’odeur du tabac.

Apparaissait ensuite la silhouette d’un grand jeu d’échecs où les pions étaient remplacés par des V pour rappeler le V de la victoire. Derrière le panneau, les manifestants joueurs ne voulaient plus qu’on assimile leur passion à un échec mais plus à une victoire et criaient à tue tête « Victoire et Mat ». Le groupe suivant, assez conséquent en nombre, comprenait des hommes et des femmes ayant tous le bras droit attaché dans le dos. Ils représentaient certaines catégories d’enseignants qui s’offusquaient de ne pouvoir réprimander les élèves en cas de nécessité. Et c’est au cri de « Plus de baffes, mais des coups de pied au cul. » qu’ils voulaient rappeler où se situait l’autorité. Portant l’uniforme municipal, le groupe suivant distribuait des contraventions de stationnement sur les quelles ils avaient ajouté la réclamation de primes d’intempéries et surtout de risque pour relations sociales difficiles. Puis portant la toge, une grande représentation de magistrats de la Cour des Comptes revendiquait la non mise en œuvre effective de leurs recommandations qui chaque année restaient toujours lettre morte. Puis, très nombreux, les usagers, de la téléphonie mobile, portable à l’oreille, criaient leur désarroi de voir le nombre de contentieux augmenter avec les différents opérateurs de téléphone. Venaient ensuite les coiffeurs et les coiffeuses qui manifestaient contre la restauration du lundi de Pentecôte et pour l’abolition du lundi de Pâque, jour férié coïncidant avec leur jour de repos.
Suivait une banderole d’une délégation des Termes d’Aix –les-Bains, en blouse blanche, sur la quelle était écrit : « Non à la réduction de nos huit semaines de congés ». Puis c’était au groupe des députés de l’Assemblée, toutes tendances confondues qui avait pris l’initiative de se retrouver hors de leur hémicycle pour manifester contre le Président, lui reprochant de leur enlever du travail et donc le pain de la bouche et contre le projet de diminution de leurs indemnités de perte de fonction élective. Un panneau proposait même une majoration des heures de nuit à partir de 20h en été et de 18h30 en hiver.

Arrivaient ensuite les représentants des associations de cueilleurs de champignons qui demandaient l’instauration d’une loi protégeant le périmètre communale de tous envahisseurs citadins. Ces derniers devant se contenter de consommer les champignons en boîte de Paris. Une forte représentation des usagers des campings scandaient dans des portes voies le slogan suivant : « du soleil oui, de la pluie non » et demandaient le remboursement des frais de stationnement pour toutes journées de vacances passées sous la pluie. Puis derrière, un groupe de jeunes à vélos, dits « les usagers des vélos libre service » des villes concernées, faisaient teinter leur sonnette, réclamant que l’on mette également à disposition avec la location et sans surcoût : un brassard de sécurité, un casque de vélo et une cape anti-pluie. Arrivaient alors au rythme de la music techno, des jeunes se déhanchant avec ferveur tout en brandissant de petites pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « oui contre l’alcool au volant, mais transport gratuit pour rentrer chez soi ». Puis un petit groupe de religieux et de religieuses passant presque inaperçu compte tenu de leur discrétion arborait une simple pancarte sur laquelle étaient affichés ces mots : « l’Eglise recrute, venez grossir nos rangs» et « venez dans nos églises, il y a toujours des places libres et gratuites ».

Tout le long du parcours, on pouvait apercevoir les nombreux riverains regarder à leur fenêtre cet original spectacle de rue. Les uns avaient inscrits sur des affiches « Merci pour ces sympathiques défilés gratuits qui agrémentent nos dimanches » et les autres s’associait par la voie en criant des « halte à la pollution sonore, pour un vrai repos dominical ».
Le temps était fort agréable, un soleil chaud et lumineux tempérait les tristes slogans. Suivaient ensuite quelques délégations régionales en costumes locaux demandant l’autonomie régionale pour mieux diversifier la représentation européenne. Les basques étaient les plus nombreux, ils étaient suivis des bretons, puis des alsaciens et enfin des savoyards. Chants et musiques folkloriques accompagnaient les différentes délégations. Puis ont vit apparaître le long cortège des supporters du Tour de France, dont beaucoup portait d’une main la glacière de camping bleue et sur la tête une casquette jeune tout en scandant à qui voulait l’entendre : « Pour les coureurs l’EPO non, mais l’eau pure oui et pour les spectateurs, l’eau pure non, mais le Pastis oui »
C’était ainsi que l’immense cortège se poursuivait comme une immense cavalcade de foules bigarrées et costumées. Tour à tour se succédaient des groupuscules que l’on pouvait découvrir pour la première fois, comme les laveurs de carreaux qui exprimaient leur peur de rester sur le carreau ; les collectionneurs de fèves qui se battaient contre les prix prohibitifs des galettes ; les gardiens de musée qui demandaient des pauses avec exercices physiques ; les restaurateurs de monuments historiques écœurés de la faiblesse des subventions ; les usagers des transports qui réclamaient vouloir rouler gratuitement lorsque les fonctionnaires des transports publics se mettaient en grève. Ils suggéraient que ces derniers démontrent leur volonté et leur courage en arborant un brassard et en offrant leur journée de salaire à une bonne cause ; les traders pour bénéficier de l’anonymat dans l’exercice de leur fonction et l’amnistie bancaire en cas d’erreur du à la défaillance du marché des capitaux.
A ce stade du défilé, il restait encore beaucoup de petites délégations qui toutes avaient quelque chose à réclamer et qui étaient heureuses d’avoir cette journée pour le faire et se faire connaître. Certains mêmes étaient venus pour la première fois à Paris. C’était le cas entre autres des pêcheurs de truites de la vallée du Cusancin qui voyaient le coût de leur carte de pêche augmenter chaque année alors que diminuaient régulièrement la quantité annuelle de prises de poissons.
La poursuite de la description deviendrait par sa longueur fastidieuse, aussi nous présentons nos excuses auprès des délégations qui nous n’avons pas citées. Mais en s’adressant au collectif « La Rue » on peut obtenir gratuitement la brochure mentionnant tous les groupes ayant participé à la manifestation du 10 février.
Au tableau d’honneur, nous nous devions de mentionner la délégation qui nous paraissait la plus originale dans sa démarche, celle des représentants paysans –éleveurs qui en compagnie d’une large représentation d’animaux d’élevage sont venus témoigner leur opposition aux changements d’horaires d’été et d’hiver si préjudiciables au respect du rythme de vie de leur animaux.
Fermait enfin cette longue marche des manifestants de la journée nationale des manifestations, le groupe impressionnant des retraités (dont la proportion tend vers 2 français retraités pour 3 actifs). Parmi les multiples banderoles et les slogans les plus variés, on retiendra plus particulièrement : « Oui à la grande augmentation des petites retraites » « Pour l’instauration de la carte « super vermeille » véritable laisser passer pour entrés gratuites dans les lieux publics à partir de 75 ans » ou « Pour la suppression du permis de conduire à 80 ans en contre partie de l’attribution d’une carte « vermeille gold » ouvrant droit aux transports gratuits quelque soit le mode de transport.» et aussi « les retraités ne veulent plus être traités de « tamalou » » …
C’est ainsi que tard dans la soirée, les derniers manifestants rejoignaient la place de la Discorde, où une foule innombrable et colorée continuait de deviser sur le succès de la journée en attendant les cars qui allaient les reconduire dans leur région respective pour reprendre dès le lendemain leur occupations habituelles sans savoir si leurs revendications aura eu un écho.
Alors que le soleil dans des lueurs rougissantes commençait à décliner, on pouvait remarqué du haut du balcon de l’hôtel Crillon, une petite délégation de femmes de chambre toutes vêtues de blanc en compagnie de top modèles très stylées scander en cœur vers les manifestants : « Nous sommes toutes avec vous ». Plus loin, les jardins du Palais de l’Elysée étaient entourés d’un double cordon de policiers. On lisait sur leur visage le regret de n’avoir pas pu faire partie de la grande fête.
De cette folle et inoubliable journée, on retiendra in fine, que la France est capable d’avoir son grand carnaval annuel. D’autant, que l’actualité ne permet pas de laisser l’épopée carnavalesque être confisquée par le seul représentant suprême de la Nation.

PS : les exemples de délégations citées dans ce reportage fictif, dans leur grande majorité, ne sont pas imaginaires, mais le reflet d’une actualité récente lue, entendue ou vue dans divers supports médiatiques.

0 commentaires: